Quelques autres secondes s’écoulèrent sans que personne ne dise mot jusqu’à ce que Daniel se décide à rompre le silence.
« C’est quoi une Arkone ? » demanda t-il interloqué.
« Z’est des êtres comme Dzena… Enfin ze veux dire… de la même raze… » expliquait Darkos, « Mais ze ne comprend pas… On vous croyait touz dizparus ? » continua t-il en s’adressant à Gena.
Cette dernière se força à répondre.
« Je suis la dernière… Les miens ont été massacrés il y a des années alors que je n’avais que quelques centaines d’années par une bande de mercenaire sans pitié… Et leur chef se faisait appeler Adënar. »
Gena releva la tête et son regard croisa celui d’Arthur. Alors voila pourquoi Gena était en colère lorsqu’il avait prononcé le nom d’Adënar en racontant sa mésaventure Rive du Téluhia.
« C’est la reine, la mère de Sélénia, qui m’a découverte alors que j’errais, affamée et terrorisée, au milieu de la première terre. Dès ce jour, la famille royale m’a adopté et a toujours fait comme si j’avais été de la famille. Mais les autres habitants des Premières Terres avaient compris que j’étais… différente… Ils se méfiaient de moi. »
Elle marqua une courte pause. Les autres étaient totalement suspendus à ses paroles.
« J’ai fait de mon mieux pour me faire une place au sein du peuple minimoy, mais ce n’était pas chose aisée. Et puis Sélénia est née. Je l’ai toujours considéré comme une sœur, et lorsque sa mère a disparu, c’est moi qui me suis occupée d’elle. Dès lors, je n’ai jamais cherché à avoir d’autre fonction que de servir la famille royale. »
Les membres de la petite troupe la regardaient, partagé entre crainte et compassion.
Gena semblait se retenir d’ajouter quelques mots. Elle finit par ajouter, les joues légèrement roses : « Est-ce… Est-ce que je pourrais avoir… un peu d’eau ?... S’il vous plaît ?... C’est pour les faire rentrer… » et elle désigna ses cornes d’un coup de menton.
Aaron lui tendit une gourde sans décrocher un mot.
Gena la prit et s’abreuva. Dès que la première goutte eut touché ses lèvres, les crevasses qui zébraient sa peau se refermèrent et sa peau redevint comme avant, plus lisse, moins écailleuse. Au fur et à mesure qu’elle buvait, ses cornes rétrécissaient, comme si elles se rétractaient et rentraient dans sa chair. Bientôt, Gena redevint la même qu’avant la bataille, et rien ne témoignait des transformations qu’elles avaient subit il y a quelques minutes.
« Merci… » dit elle en affichant un sourire forcé. « Bien… Nous devrions repartir. La route est encore longue. »
Même si des centaines de questions leur brûlaient les lèvres, les membres de notre petite expédition se retinrent tous de demander à Gena des précisions sur son état. La pauvre en avait vécu assez pour aujourd’hui.
Gena demeurait complètement silencieuse depuis qu’ils avaient repris la route. Elle était assise en tailleur sur la tête de l’insecte géant, fixant le soleil couchant.
Installés plus à l’arrière, Arthur et ses compagnons _ qui n’avaient toujours pas eu de réponses à leurs questions _ décidèrent de s’attaquer à Darkos, qui avait l’air d’en connaître un rayon sur les Arkones.
« En fait, Arkone, z’est le terme qui dézigne les êtres féminins de la raze des Arkons. Ils z’étaient senzé avoir disparus il y a près de 3000 années ! Z’était des habitants du dézert, très sazes et cultivés, mais pazifiques. Ils avaient la réputazion d’être de grands inzénieurs et créateurs en tout zenre. »
Il baissa la tête.
« De nombreux raids ont été menés contre leur peuple… Et d’après ce que je zais, mon père en a organizé un paquet… Mais ce n’était pas lui qui était à l’orizine de leur extinction. Comme l’a dit Dzena, une troupe de merzenaires sans fois ni lois, zanglants et impitoyables, s’en prirent à ze peuple pour s’approprier toutes leurs rissesses et leurs invenzions. Les Arkons disparurent alors de la zurface de zette terre. »
« Et… ses drôles de cornes, c’est quoi ? » questionna Aaron.
« Za, c’est la particularité des Arkons. Ils ont la capazité de se déshydrater à loizir. Lorsqu’ils se vident de toute l’eau que contient leur organisme, leur peau se fossilize et ils peuvent « faire pousser » des cornes fossilizées de leurs articulations et sur zertains de leurs membres. Ze n’avais vu une transformation d’Arkon auparavant… En fait, ze n’avais zamais vu d’Arkon avant… » dit-il après quelques instants de réflexion. « Bien zur, pour reprendre leur apparenze naturelle, ils doivent se réhydrater, donc boire beaucoup. »
Ils continuèrent ainsi leur chemin en ressassant les évènements de la journée jusqu’à ce que le soleil ait entièrement disparu et ait laissé place à la lune.
Gena avait fait stopper Guibouille et avait averti ses passagers qu’ils s’arrêteraient là pour les nuits avant de s’isoler, faisant mine de chercher de quoi faire un petit feu de camp.
Arthur s’approcha d’elle.
« Nous sommes à la lisière des Premières Terres. Dès demain, nous entrerons dans les territoires désertiques, un monde dangereux et inconnu. » lui dit-elle instantanément.
« Ton territoire d’origine si j’ai bien compris ce que m’expliquait Darkos. »
« En effet. Mais je n’y ai pas vécu assez longtemps pour l’explorer totalement. » répliqua Gena, en prenant soin de ne pas croiser le regard d’Arthur.
« Tu sais, tu ne dois pas avoir peur de nous. Nous ne te craignons pas, et nous ne te voulons aucun mal. »
Gena ne put s’empêcher de sourire.
« C’est peut-être ce que tu penses, mais ça n’a pas l’air d’être le cas de tes amis. J’ai l’habitude qu’on me regarde bizarrement, je m’en remettrais. »
« Tu ne comprends pas. Tout cela était nouveau pour eux. Ils étaient surpris et curieux d’en savoir plus. Mais cela ne change rien entre nous. Nous sommes amis, et cet évènement ne changera en rien nos relations. A tous. »
« Si tu le dis… » soupira Gena, apparemment peu convaincue. « Nous devrions retourner au camp, il est temps de dormir.
Les autres les attendaient, apparemment impatiemment.
« Ah bah quand même ! J’ai cru qu’on l’aurait jamais ce bois pour le feu ! » s’écria Daniel en se ruant sur Gena qui portaient quelques petites brindilles entre ses bras. « Donnez moi ça, je vais arranger les choses… »
Et il s’assit en tailleur, arrangea les brindilles en un petit cercle avant de commencer à frotter l’une d’entre elle à la verticale dans une petite bûche qu’il avait lui-même taillé.
Gena haussa un sourcil.
« Ne me dites pas qu’il va faire quelque chose d’utile ! Ca serait une première… »
Au même moment, une étincelle enflamma les brindilles et la douce chaleur du feu commença à emplir le camp.
« Ne jamais sous-estimer un mâle prêt à tout pour obtenir les faveurs d’une femme ma demoiselle… » dit Daniel en regardant Gena avec un air plein de sous-entendus.
« Je t’avais bien dit que cela ne changerait rien à nos relations à tous. » glissa Arthur à l’oreille de Gena, « Tu as beau avoir des cornes, Daniel continuera à te courir après ! »
Gena sourit puis s’empressa d’aller se coucher contre l’insecte géant alors que Daniel revenait vers elle, affichant un sourire qui dévoilait toutes ses dents.
Amanda semblait passablement vexée d’ailleurs. Ce qui faisait bien rire Arthur et Aaron.
« Il changera jamais, c’est dingue ! » s’écria Aaron.
Et c’est sur cette note d’humour que notre petit monde gagna sa couchette afin d’être prêt pour la journée du lendemain qui, entre nous s’annonçait plus que chargée.