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 Arthur et la Nouvelle Menace

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Ariov
Pousse de bambou


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MessageSujet: Re: Arthur et la Nouvelle Menace   Dim 23 Mar - 10:17

Chapitre 12 suite :

L’assistance reste muette. Les officiels n’avaient sûrement pas prévu que ce cher Archibald soit si perspicace ; ils pensaient certainement tomber sur un vieux retraité gâteux content qu’on s’intéresse un peu à lui mais pas à un type pareil à l’œil aussi avisé qu’un bon détective privé. Les voilà bien embêtés et obligés de répondre à une question qui n’était pas prévue du tout.

- Hé bien… Euh… C’est pour… Euh… l’assainissement des eaux. C’est une station d’épuration., fini par dire le conseiller Breit, fier de son improvisation.
- Il s’agit d’un modèle très novateur alors.
- Oui, bien sûr.
- Effectivement, c’est la première fois que je vois une station d’épuration dotée de rails., ajoute l’explorateur avec une pointe de sarcasme. Vous comptez faire venir l’eau par wagonnets ?

Les visiteurs restent silencieux tendis que Marguerites et Rose sont toutes deux prêtent à rire à la vue des têtes que font ces derniers. Archibald et tout près à trouver le pot aux roses. Il leur faut trouver une réplique à la hauteur et vite s’ils ne veulent pas voir ce projet tomber à l’eau.

- En effet, c’est très novateur… Euh…, commence le gouverneur.
- J’attends vos explications., lui coupe alors Archibald.
- … Vous comprenez… L’intérêt de la nation…
- Oui ?
- … Hé bien au prix où sont… Les matières premières…
- Vous ne seriez pas en trin de chercher vos mots ?
- … Euh… La crise en Corée…
- Ou Plutôt de chercher une raison ?
- … Pour que nos vaches deviennent rose…

Le gouverneur s’emmêle largement dans ses propos et Etienne comme Mr Breit sont bien embarrassés car ils ne peuvent que constater que la situation échappe à leur contrôle. Et dire qu’ils étaient si près du but. Il faut donc que quelqu’un dise fatalement quelque chose pour redresser la situation. Mais c’est souvent dans ce cas de figure que les mots vous échappent.

« Bon alors, vous allez signez oui ou non ?! », lui hurle Etienne, qui en pers son sourire légendaire, à la figure d’Archibald.

Son intervention musclée met fin à la discussion qu’avaient papy Archibald avec le gouverneur. De toute façon, ce dialogue n’avait plus ni queue ni tête. Etienne se rend compte de sa bourde et se rassoit, tout penaud, tandis que son patron le foudroie du regard. En fait, c’est à peine si celui-ci se retient de le prendre par le col et de le secouer comme un prunier en lui hurlant dessus « Mais tu vas tout faire rater bougre d’âne ! ». Mais il est quand même LE gouverneur et il ne peut pas se permettre de se laisser aller à de telles choses. Il se retourne vers son interlocuteur bénéficiant plus que jamais du soutient familiale, d’autant plus que les choses ont l’air de tourner à leur avantage.

- Ecoutez, Mr Suchot., recommence le gouverneur. Si c’est une question de prix, nous sommes tout à fait disposé à…
- Non ! C’est vous qui allez m’écouter môsieur le gouverneur !, coupe Archibald. Que vous me payez en liquide, en chèques, en virements, en voitures, en vaches ou que sais-je encore, jamais je ne cèderai mes terres !

Le gouverneur est un homme peu habitué à ce que l’on dise « non » à une grosse liasse de billets de banque. Il savait en venant ici qu’il y aurait de la résistance mais il vit dans un monde où tout se vent et tout s’achète. La réaction d’Archibald le dépasse de beaucoup et il ne peut pas comprendre cet état d’esprit. Vu qu’il n’est pas habitué à ce genre de chose, il se dit que le moment est venu d’utiliser son joker.

« Bien. », commence-t-il sur un ton qui ne dit rien qui vaille. « Vous reconnaissez ceci ? », lui demande-t-il en lui tendant une feuille de papier.

Archibald réajuste ses lunettes et prend la feuille des mains du gouverneur. Il a juste le temps de survoler le document avant de le reposer sur la table : Il retire ses lunettes et se tient les yeux comme pour s’empêcher d’en lire d’avantage, à moins que ce ne soit pour éviter de voir la mine réjouie du gouverneur. Marguerite n’a pas besoin de regarder de plus près. Ce formulaire, elle l’a déjà vu et espérait ne plus jamais le voir. Quand à Rose, elle aimerait bien qu’on lui explique de quoi il retourne.
Mais notre vieil explorateur sent remonter en lui un sentiment qu’il avait presque oublié. Il se lève brusquement de son fauteuil. En fait, la feuille tendue par le gouverneur n’est autre qu’une copie de l’acte d’expropriation pour non-paiement que Davido lui-même avait déjà exhibé sous le nez de Marguerite. Pour son mari, le message est on ne peut plus clair : Qu’il le veuille ou non, ces trois-là sont près à tout pour l’expulser. Il a une sainte horreur de ces gens sans scrupules qui ne reculent devant aucunes bassesses pour arriver à leurs buts. Il ne sait pas ce qu’ils cherchent et il ne le saura peut-être jamais mais ce qui est certain pour lui, c’est que ce trio est devenu indésirable sous son toit.
A peine le grand-père s’est-il levé qu’il monte dans son bureau, sa tour d’ivoire, en laissant là sa femme, sa fille et ses hôtes.
Marguerite regarde avec appréhension son mari disparaître dans l’escalier avant de se retourner vers le gouverneur. Bien qu’elle ait reconnu l’acte d’expropriation, quelque chose ne tournait pas rond dans cette affaire.

- Il me semblait pourtant que nous ayons payé !, dit-elle d’une voie emprunt de bonne volonté et de tristesse.
- Et bien il semblerait qu’il n’y ait plus aucunes preuves de ce soi-disant paiement madame. Celle-ci aurait disparu.
- … A un moment bien choisit. En plus le délai pour le paiement est dépassé depuis maintenant plusieurs années. Vous avez bien choisi votre moment., rajoute Marguerite sans humour.
- On ne peut décidément rien vous cacher., lui répond le gouverneur avec un sourire carnassier. De toute manière, nous obtiendrons ces terres, d’une manière ou d’une autre.
- Et moi je peux vous assurer que vous n’allez pas apprécier la manière dont je vais vous chasser de chez moi !, s’exclame Archibald furieux et son vieux fusil de chasse à l’épaule. Il fait peur à voir, notre grand-père, et ses yeux en disent long sur la manière qu’il va utiliser pour congédier le trio d’indésirable.
- Allons, Mr Suchot…, commence le conseiller du gouverneur qui s’improvise médiateur. Il a même l’air crédible et tout tend à montrer qu’il a déjà vu la guerre de très près. Dans ces conditions, ce n’est évidemment pas un grand-père armé d’un fusil de chasse qui va lui faire peur.
- N’approchez pas !, hurle Archibald. Encore un peu et je vous trou façon passoire !

Apparemment, le grand-père d’Arthur a été exaspéré à l’extrême par cet affront. Après Malthazar puis Davido, voilà que même le gouverneur veut s’approprier son bien, disposer de sa personne, l’acheter comme on achète une voiture. Là, trop c’est trop.
Ledit gouverneur reste tétanisé face à la réaction du vieil homme. Dire qu’il s’était justement fait faire réformer pour ne pas avoir à faire son service militaire de par sa sainte horreur des armes. En fait, de tout ce qui peut faire mal et que, de toute façon, il ne sait pas manier. Etienne le croque-mort reste également sans voix : Son sourire n’est plus qu’un souvenir et il ne sait même pas comment réagir. Rose se sent fière de son père malgré la peur qu’il lui inspire à se moment-là, elle ne l’avait jamais vu ainsi. On peut en dire de même de Marguerite. Dire d’elle qu’elle est inquiète est un trop léger : Voir son mari dans cet état la bouleverse totalement.
Mr Breit est le seul à garder son sang froid et garde tout son calme. Il remarque rapidement qu’Archibald ne se laissera pas faire aussi facilement. Il recule donc, pas à pas, sans jamais tourner le dos au chasseur et invite le gouverneur et Etienne à en faire de même et à le suivre vers la sortie. Ces deux-là le suivent tout en étant toujours tenu en joue par Archibald qui les raccompagne ainsi jusqu’à la limousine ou le chauffeur était en train de tuer le temps en faisant du macramé.
Marguerite, qui a finalement repris ses esprits, accompagnée de Rose, suit son mari avec dans l’idée de pouvoir le désarmer avant qu’il ne fasse une bêtise, mais le problème est de savoir comment s’y prendre. Elle le rejoint alors qu’il se trouve à la balustrade, tenant toujours ses ex-invités en joue.
Le chauffeur de la limousine avait vite abandonné son passe-temps à la vue d’Archibald et de son fusil et s’est fait tout petit derrière le volant. On ne sait jamais, des fois que le coup partirait tout seul.

« Vous ne savez pas ce que vous faites ! », lui hurle le gouverneur dans un sursaut d’orgueil. « Je reviendrais ici, de gré ou de force et je vous fait garanti que d’ici dix jours au maximum on aura du mal à croire qu’il y ait eu une maison ici ! »

Cette remarque pique Archibald au vif et fait le même effet qu’un ballon gonflé à bloc qu’on aurait approché trop près d’une épingle. Le gouverneur s’était avancé vers lui en geste de défi pour lui balancer cette tirade. Il le met en joue et s’apprête presque à appuyer sur la détente mais se ravise. Mais Marguerite, croyant qu’il allait vraiment tirer, se jette sur l’arme et Archibald, un peu déboussolé par cette attaque, presse la détente. Le tir est dévié lorsque le coup part.
Mais le fusil ne vise pas, au moment où le coup part, un endroit vide de monde. Non, en fait le tir a dévié un tout petit peu alors que le gouverneur retournait vers la voiture, histoire de sauter dans la limousine et de fuir cet endroit où il ne serait revenu qu’accompagné de quelques bataillons de policiers et d’une dizaine de bulldozers. Il était donc idéalement placé.
Un hurlement déchire l’air et s’étend jusqu’à la forêt où les animaux se demandent sérieusement quel genre d’animal était capable de produire un cri aussi puissant et surtout depuis quand est-il arrivé dans la forêt car il ne semble pas qu’une espèce de la forêt semble capable d’émettre un tel hurlement.
Il s’agit en fait du gouverneur qui vient de se prendre une décharge de chevrotine dans les fesses. Celui-ci est blessé, non seulement physiquement (c’est que ça peut faire mal des fesses réduites à l’état d’un gruyère à trou) mais aussi dans son orgueil : Lui, gouverneur d’un état, lui qui se dit puissant, intouchable voir omnipotent, vient de se faire tenir tête par un vieillard, un vétéran de la guerre 14-18 et même massacré son postérieur à coup de fusil par ledit vétéran. En montant dans sa limousine, il jure devant Dieu, le président et sa propre grand-mère, qu’on ne l’y reprendra plus mais surtout que sa vengeance sera terrible.
La voiture démarre et, à pleine vitesse, s’engage sur le chemin de terre en tournant le dos à Archibald et Marguerite qui vient de lui enlever le fusil des mains, les yeux pleins de reproches.
Alors que la limousine disparaît dans un nuage de poussière, comme elle était arrivé mais avec une paire de fesses en moins, le vieil homme reste hébété par les événements qui viennent de se dérouler et dont il est en parti responsable. Il est vrai que depuis la guerre, il n’avait plus tiré sur qui ou sur quoi que ce soit et voilà que, porté par sa colère, il venait finalement de décharger son fusil sur le postérieur d’un gouverneur !

« N’espère pas des félicitations pour ce qui vient de se passer !, lui lance Marguerite qui, du même coup, le tire hors de ses pensées. « Qu’est-ce que tu penses qu’il va se passer à présent hein ? Tu n’as rien arrangé du tout ! »

Il reste un temps sans réagir puis se redresse, plus volontaire que jamais.

« Tu as raison ! Je n’ai pas de temps à perdre ! », s’exclame-t-il avant de remonter en direction de son bureau à la vitesse d’une locomotive lancée à pleine vitesse.

Marguerite reste un moment sur le perron, le fusil toujours en main. Rose finie par la rejoindre et s’accoude sur la balustrade, ses pensées vagabondent dans ses souvenirs.

« Après ça, j’espère qu’on ne me reprochera plus d’être maladroite. », fini-t-elle par dire à sa mère qui a à peine bougé.
Sa mère est surprise par cette remarque mais est finalement bien obligé d’admettre que c’est sûrement d’eux que Rose a hérité toute cette maladresse. Cette journée en est la preuve flagrante : Ne venaient-ils pas, elle et son mari, de perforer les fesses du gouverneur ?
Marguerite n’ose pas répondre à sa fille mais leurs regards se croisent ce qui en dit plus que le plus détaillé des discours. Rose acquiesce et se met à observer la pelouse en pensant que tout cela ne serait peut-être pas arrivé si Armand et Arthur avaient été là à ce moment.
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