Bonjour, je sais que cela fait un petit moment, mais j'ai réussi a retrouver l'article d'une autre interview de L Besson, sur le site: le film français
http://blog.lefilmfrancais.com/index.php?2006/05/21/2756-luc-besson-cineasteEn voici le contenu:
Pour sa première expérience combiant séquences live et 3D au cinéma, Luc Besson a investi cinq ans de sa vie, réuni un budget de 65 ME, et créé avec Buf Compagnie une nouvelle école de graphistes français au top niveau international. Une dynamique qui sera exploitée à travers deux suites.
Il y a un an tout juste, vous démarriez le tournage d’Arthur et les Minimoys. Où en est votre film ?On est en train d’enregistrer la musique d’Éric Serra. Nous sommes aussi en pleine élaboration de 14 versions internationales. Le piratage nous contraint à de véritables acrobaties. On envoie dans chacun des pays des éléments en noir et blanc pour que les doublages soient faits sur place par des comédiens locaux. Le travail est rapatrié en France, pour être intégré chez Digital Factory. Le mixage démarrera cet été et les copies seront tirées chez LTC pour une sortie en salle le 13 décembre.
Arthur, c’est vous, enfant, et les Minimoys, l’univers dont vous rêviez alors ?Pas tellement. C’est surtout une histoire que j’ai envie de raconter à mes propres enfants pour leur inculquer quelques valeurs qui ne sont pas si évidentes à faire passer. Le respect de soi, des autres, de la nature, c’est un peu abstrait, rébarbatif pour les petits. Avec Arthur, c’est plus simple…
C’est en effet pratique d’avoir un père cinéaste qui peut mettre en images les idées qu’il a envie de transmettre. Concrètement, cela donne quoi ?(Rires). Dans le jardin d’Arthur, par exemple, il y a un système d’irrigation pour faire pousser les radis dont sa grand-mère raffole. Lorsqu’il bascule dans l’univers des Minimoys, ce ne sont pas de simples tuyaux d’arrosage, c’est Tchernobyl. Il voit la nature dévastée. Il découvre ainsi que ses actes ont des conséquences et qu’il est important de réfléchir avant d’agir.
Le film marie la fiction live et la 3D. Les deux univers se mélangent-ils, ou bien passe-t-on au contraire de l’un à l’autre ?C’est plus compliqué que cela. Les personnages 3D sont intégrés dans de vrais décors avec des éléments de végétation réels. Le monde des Minimoys est donc un mélange de 3D et de live. Rien à voir avec Toy Story, par exemple. On est plus proches du Monde de Narnia que de Chicken Little.
On connaît la minutie et l’omniprésence qui sont les vôtres, aussi bien sur les tournages qu’en postproduction. Comment avez-vous abordé la 3D, technique que vous ne maîtrisez pas personnellement a priori ?Assez facilement. Tout a lieu devant un écran où chaque chose est modifiable à volonté. Contrairement à ce qui se passe sur un tournage réel, on n’est pas confronté à des obstacles matériels (retourner des plans de grue compliqués, par exemple), et on n’a pas affaire à une foule d’interlocuteurs. Sur un plateau, on est bien plus dépendant des autres (les techniciens, les comédiens…) et des aléas de la météo.
Avez-vous envisagé Arthur et les Minimoys comme un film d’animation ?Non. Le découpage est celui d’un vrai film et visuellement, il n’y a pas du tout le côté bande dessinée. D’ailleurs, dans son rendu, c’est un film plutôt traditionnel. En revanche, ce qui est nouveau, c’est la qualité de l’image et la richesse des détails. Deux éléments exceptionnels dans le film. On a cherché à atteindre le niveau maximum, et construit 300 maisons en studio pour le village des Minimoys. Et ça se voit à l’écran.
Les effets spéciaux du Cinquième élément avaient été réalisés par les Américains de Digital Domain. Cette fois, vous avez choisi Buf Compagnie. Les Français ont-ils fait des progrès ?À l’époque, je n’avais pas le choix. Aucune société française – et très peu dans le monde– ne pouvait faire le film. James Cameron, que je connaissais déjà, venait d’ouvrir Digital Domain et il m’a demandé de venir faire la postproduction chez lui. Les deux premiers films à avoir été traités là-bas ont été Le cinquième élément et… Titanic.
Quel est le rôle du patron de Buf, Pierre Buffin, sur Arthur et les Minimoys ?Il est exceptionnel dans son domaine, et au plus haut niveau international. Il a mis au point une technique qui permet de se passer de tout l’appareillage de la captation de mouvements. J’ai pu tourner en toute liberté huit mois durant avec des acteurs afin d’avoir les bons jeux de référence pour les personnages en 3D. Notre collaboration est étroite depuis le début de l’aventure. Il y a cinq ans, au début du projet, Buf a créé une sorte d’école où on a accueilli des jeunes graphistes. On gardait les dix meilleurs à chaque session. Au bout de quelques mois, on avait une équipe de 140 personnes, toutes plus douées les unes que les autres.
Le film s’est donc développé autour de Buf et vous ?En fait, le noyau dur est composé de Pierre Buffin, Emmanuel Prévost et moi.Avec, en plus, Patrice Garcia du côté création des Minimoys. Comme nous savions que le projet allait durer au moins cinq ans, on a produit en parallèle les livres et le développement du film.Notre premier objectif était la validation du mélange des décors live et de la 3D. Ce qui a exigé de nombreux essais…
Quand avez-vous décidé de lancer le long métrage ?À partir du moment où nous avons pu aboutir à une ébauche de 1 min 10 qui montrait l’univers des Minimoys. On avait déjà investi pas mal d’argent pour y parvenir. Ensuite, on a lancé l’écriture du scénario, les 4 000 dessins du story-board, puis le tournage live, en extérieur (en Normandie) et en studio, et enfin l’enregistrement des voix…
Justement, entre le jeune Freddie Highmore qui incarne Arthur, Mia Farrow sa grand-mère, Madonna, David Bowie, Snoop Dogg pour les voix principales, votre casting est 100% anglo-saxon…
...pour les pays anglo-saxons ! Il y aura bien sûr des voix françaises pour la VF. Qui sont-elles ?C’est un peu tôt pour le dire. Disons que ce sont des gens plutôt sympathiques (rires).
La 3D ouvre-t-elle des horizons infinis pour les cinéastes ?Oui, si l’histoire, a priori extraordinaire, l’exige. Mais la 3D, c’est d’abord une grande frustration parce qu’on ne voit rien des mois durant : des fils sur un écran pendant deux ans et demi, c’est désespérant. Puis l’animatique arrive progressivement et ça devient sympa.Il y a un début d’expression mais les décors restent grossiers et la lumière unique. On commence alors à “upgrader”, c’est-à-dire à préciser les détails. Couche après couche, on travaille les poils, les reflets dans les yeux… En revanche, la dernière année est magique car on ne fait qu’affiner, améliorer le rendu, avec encore une certaine souplesse. Le plus dur, c’est l’absence des acteurs, les coups d’amour comme les coups de gueule qui apportent tant aux tournages live. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai eu le besoin impérieux de faire Angel-A au beau milieu d’Arthur. L’envie d’un film archipersonnel, très bavard, autour de comédiens très incarnés…
Comment expliquez-vous le budget de 65 ME pour Arthur et les Minimoys ?C’est simple.Deux ans de recherche, la création d’une école de formation, une équipe composée de 150 personnes pendant cinq ans, un tournage live de dix semaines, soit le prix d’un film normal, avec la construction d’une ville en pleine nature…
Le budget est-il couvert ?Le film est vendu à peu près partout, à des distributeurs avec qui EuropaCorp a noué des relations étroites : la Rai en Italie, E.C.J. au Japon et, plus récemment, The Weinstein Co. pour les États-Unis… Beaucoup de gens se sont mouillés très tôt, comme BNP Paribas, qui sont comme des fous depuis trois ans autour d’Arthur. Les licenciés (pas moins de 65 sociétés, essentiellement européennes) nous ont fait confiance très tôt, des jouets Lansay à Clairefontaine en passant par Atari. Le jeu vidéo, dont la sortie est prévue en même temps que le film, a été développé dans les locaux de Buf, en véritable osmose avec l’équipe du film.
Travailler le plus possible en France, cela vous tient toujours à cœur ?Oui.Je défends la France, au risque d’en faire ricaner certains. Je suis reconnaissant envers un pays qui m’a laissé exister et faire ce que je voulais, et vis-à-vis de gens qui aiment vraiment le cinéma et m’ont aidé depuis le début : un Didier Diaz de Transpalux, un Bertrand Dormoy quand il dirigeait Éclair. C’est cet amour du métier et ce tissu technique-là qui rendent les choses possibles.
Comptez-vous impliquer EuropaCorp dans le cinéma d’animation à l’avenir ?Nous préparons déjà Arthur 2 et 3, dont la production démarrera en septembre. D’abord parce qu’on aime beaucoup le film. Ensuite parce qu’on est enfin sortis de la zone de risques qu’on a traversée pendant trois ans en formant des gens et en naviguant à vue. Aujourd’hui, on a une équipe totalement affûtée, des personnages aboutis et aucune envie de perdre du temps.
Arthur et les Minimoys sort en salle le 13 décembre, après deux semaines d’exclusivité au Grand Rex, dans la grande tradition des Walt Disney. Vous ne craignez pas la comparaison ?Absolument pas. Les records sont faits pour être battus. Je dis cela sans prétention. Simplement, si on décide de participer à une course et qu’on émet en même temps l’idée de ne pas gagner, ce n’est pas la peine de courir. Il faut aussi accepter l’idée de perdre, c’est le jeu. Quant au Rex, cela fait 30 ans qu’il n’a pas accueilli une exclusivité française à Noël. Philippe Hellman nous l’a proposé et du coup, nous allons mettre le paquet. Le cinéma sera aux couleurs du film. Un joli spectacle en perspective…
Vous avez toujours dit ne vouloir faire que dix longs métrages. Arthur et les Minimoys est donc bien votre dernier film en tant que réalisateur ?Oui. Je me suis imposé cette limite pour rester droit vis-à-vis de mes convictions. J’ai chaque semaine des propositions d’Hollywood, avec beaucoup d’argent à la clé. Le fait de n’avoir que dix cartouches m’a détourné de la facilité : je fais plus attention à ce que je fais. Je n’ai pas envie de me répéter ou de faire les deux, trois films de trop qui plombent certaines carrières. Enfin, j’aime et revendique entièrement mes dix films, ce sont mes dix enfants !
D’autant que vous avez un autre bébé de taille, EuropaCorp. En êtes-vous satisfait ?Oui, c’est un bel outil de travail. Nous sortons trois à quatre nouveaux réalisateurs chaque année, et c’est ce dont je suis le plus fier. Les autres producteurs se les arrachent à prix d’or, y compris aux États-Unis, et c’est bien. Cela prouve qu’EuropaCorp est une bonne école.
Vous avez aussi toujours votre projet de studio à Saint-Denis ?Il avance… très lentement. La presse s’est emparée de cette information deux ans trop tôt. Tout est long et compliqué dans ce projet qui relève des grands chantiers nationaux. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il y a de bonnes ondes autour, et une vraie volonté du gouvernement d’accompagner le projet.
Propos recueillis par Sophie Dacbert
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